Le non-figuratif comme figure de proue de l’anti-communisme

Entre les années 1946 et 1960, il y eu un petit évènement mineur qu’on appela la guerre froide.  Du pain béni pour les nouvelles agences gouvernementales étasuniennes. Dans un univers de complot et de manipulation, la CIA pouvait mettre en oeuvre des projets originaux qui changèrent la face du monde pictural à jamais.

Pourquoi la CIA jouerait-elle les mécène pour des artistes comme Pollock ou Rothko ?  Simplement pour contrer le communisme et sa propagande. L’animosité des deux camps n’étaient pas à l’époque économique, mais bien identitaire et culturelle. Tout le monde sait que le gouvernement a financé bon nombres de projets cinématographiques à l’époque pour mettre en avant sa fameuse “way of life” à l’américaine, mais ce n’est que récemment (1995) que la CIA a avoué avoir portée à bout de bras “l’expressionnisme abstrait”, les fameux “dripping” ou ces monochromes énigmatiques qui se vendent maintenant à prix d’or sur le marché de l’art .
Là ou la propagande communiste peins des scènes rurales et prolétaires, la propagande capitaliste mise sur la liberté d’expression réduit à son plus simple appareil, le jeté de peinture, l’étalage désordonné de couleur, du “lâché prise”.

Concrètement, le fait même que ces “oeuvres d’art” deviennent des valeurs spéculatives appuyait grandement la culture américaine. la CIA créa des fondations aux origines obscure et mandatait des millionnaires pour acheter les oeuvres ou monter des expositions internationales. Hors de question d’impliquer directement les artistes dans l’effort de guerre -froide-, ceux ci n’étant pas forcement orienté politiquement du bon coté. Le but était de rendre possible le “anything does” en rendant riche des artistes maudits et torturés américains, pour lancer tout le phénomène de contre culture que l’Amérique connu dans les années 60.
le Museum of Modern Art prit une part active dans le lancement des ces artistes abstraits, on pouvait d’ailleurs retrouver 3 membres de la CIA dans le conseil.

Donc sous couvert de liberté absolue, l’art  abstrait a donc été capitalisé, devenant par la même un marché fructifiant, ou la maîtrise de l’art ne supplantait plus la démarche.  Plus besoin d’artiste classique et de leur toiles compliqués façonnées en plusieurs années, un dripping prend 10 minutes et peux valoir 130 millions de dollars si une galerie ou une fondation la met en avant.

on peut trouver de nombreuses références sur ce point d’histoire :
ma source principale :
http://spire.sciences-po.fr/hdl:/2441/4b1hq9muclp43is97f28j144p/resources/l-art-et-la-guerre-froide-une-arme-au-service-des-etats-unis.pdf
Volker R. BERGHAHN, America and the Intellectual Cold War in Europe. Shepard
Stone between Philantropy, Academy and Diplomacy, Princeton, Oxford and
Princeton University Press, 2001.
David CAUTE, The Dancer defects : the struggle for cultural diplomacy during the
Cold War, Oxford University Press, 2003.
Pierre GRÉMION, Intelligence de l’anticommunisme, Le Congrès pour la Liberté de
la Culture à Paris, 1950-1975, Paris, fayard, 1995.
Serge GUILBAUT, Comment New York vola l’idée d’art moderne, expressionnisme
abstrait, liberté et guerre froide, traduction française (1983), Paris, Jacqueline
Chambon, 1996.
Alan HEIL, Voice of America, a history, Columbia University Press, 2003.
Emmanuelle LOYER, Paris à New York, Intellectuels et artistes français en exil,
1940-1947, Paris, Grasset, 2006.
Richard PELLS, Not Like Us. How European have loved, hated and transformed
American Culture since World war II,
Frances STONOR SAUNDERS, Qui mène la danse ? La CIA et la guerre froide
culturelle, trad française (1999), Paris, Denoël, 2003.

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